jeudi 14 février 2013

Charonne, il y a cinquante-et-un ans : «Ma chambre d’enfant a explosé, j’avais quatre ans et demi»

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Delphine Renard, présidente du comité Vérité et Justice pour Charonne, milite pour que l’Etat français reconnaisse les victimes du 8 février 1962 au métro Charonne. Elle publie prochainement Tu choisiras la vie.

Delphine Renard était petite lorsqu’elle fut victime d’un attentat qui visait le domicile du ministre André Malraux. Agée alors de 4 ans, blessée, aveuglée, elle porte, à ce jour, dans sa chair et au fond de son âme, cette meurtrissure. Quelques jours plus tard, pour dénoncer les méfaits sanglants de l’OAS, une manifestation pacifiste est repoussée, le 8 février 1962, par la police sur le boulevard Voltaire à Paris. Les manifestants voulant s’enfuir sont poursuivis à l’entrée du métro Charonne, dont les grilles avaient été fermées.
Avec le comité Vérité et Justice pour Charonne, dont elle est la présidente, elle demande toujours, 51 ans après, que l’Etat français reconnaisse cette tragédie, comme a enfin été reconnu le massacre du 17 Octobre 1961 par les plus hautes autorités de l’Etat. Le 6 mars prochain, elle publie chez Grasset Tu choisiras la vie, un livre qui raconte cette vie troublée dès son jeune âge. «Il y a cinquante ans, ma chambre d’enfant a explosé. J’avais quatre ans et demi. La bombe, posée par des activistes de l’OAS sur l’appui de ma fenêtre, était destinée à l’écrivain André Malraux, alors ministre du général de Gaulle, dont le gouvernement était en train de mettre fin à 130 ans de colonisation en Algérie.
Il habitait les étages de notre maison. Il était absent à ce moment-là. Ma chambre était au rez-de-chaussée. J’étais là à jouer, en attendant l’heure de retourner à l’école après le déjeuner. Blessée dans l’attentat, j’ai perdu un œil, puis le deuxième.
J’ai dû faire avec pour grandir quand même. La trajectoire que m’avait préparée ma famille a donc buté sur l’impensable. J’ai eu à inventer ma propre façon d’aller vers la vie. Ce chemin m’a conduite de la peinture à la musique, mais surtout à la psychanalyse et à l’écriture.»
Ces quelques mots, que l’on retrouve sur la présentation qu’en fait l’éditeur, ne sont qu’un avant-propos sur une existence de militantisme d’une personne restée sur le qui-vive le long de son existence tourmentée. Dans les colonnes du quotidien L’Humanité, elle garde sa vivacité : «Il est scandaleux que les recours intentés par les proches des victimes se soient toujours soldés par une non-reconnaissance de la responsabilité de l’Etat dans ce massacre», répond-elle à la journaliste qui rappelle son combat pour que «soit officillement reconnue par l’Etat la brutale répression qui coûta la vie à neuf manifestants, communistes et syndicalistes, le 8 février 1962.»
Elle ajoute : «De par ce qui m’est arrivé, je porte une responsabilité à l’égard de tous ceux qui, atteints par le terrorisme de l’OAS, y ont perdu la vie et ne sont plus là pour témoigner. Je me sens tout particulièrement redevable envers les neuf personnes massacrées par la police de Papon au métro Charonne, le 8 février 1962, alors qu’ils manifestaient pour la paix en Algérie et clamaient leur indignation contre les méthodes de l’OAS.» Dans ce même entretien, elle se dit soulagée parce que «l’accession de François Hollande à la Présidence a marqué une inflexion dans la politique de l’Etat français à l’égard de cette mouvance qui continue à brandir, en guise de valeur, l’assassinat et la torture au nom d’idéaux racistes et fascisants, bien loin des sentiments de la grande majorité des rapatriés
d’Algérie.
Le discours qu’il a prononcé à Alger, en décembre dernier, a posé les bases d’une réorientation, avec la volonté affirmée d’ouvrir un nouvel âge dans la relation entre la France et l’Algérie», grâce à la reconnaissance des «souffrances que la colonisation a infligées au peuple algérien», et  «en particulier lors du massacre de Sétif, ouvrant la voie à la vérité sur la torture.»
Enfin, au sujet de la récente loi qui institue le 19 mars comme journée du souvenir de la guerre d’Algérie, elle estime que «cette date désormais légale devra, un jour ou l’autre, se substituer à celle du 5 décembre, dénuée de toute justification
historique et procédant d’une simple mesure réglementaire arrachée par des groupes qui ne peuvent tolérer une date annonçant l’indépendance de l’ancienne colonie.»

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