jeudi 21 février 2013

Mali, Ansar Dine, Maroc, Syrie…Entretien avec le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Amar Belani


L’intervention militaire française se poursuit au Mali. L’Algérie croit-elle encore à la solution politique pour résoudre la crise dans ce pays ?
Ce n’est pas seulement l’Algérie qui croit encore à la solution politique, comme vous le dites, mais bien toute la communauté internationale, qui est convaincue que le dialogue politique est incontournable pour trouver une sortie de crise durable au Mali, en apportant une réponse définitive aux causes profondes qui sont à l’origine de l’éruption de rebellions cycliques dans le nord du Mali. Il s’agit, en l’occurrence, de répondre aux revendications légitimes et aux préoccupations de longue date des populations du nord du Mali. La paix passera nécessairement par le dialogue politique et par le développement de ces zones déshéritées. Je vous signale que cette position de la communauté internationale est consignée dans la résolution 2085 du Conseil de sécurité.
 
Cette résolution appelle les autorités maliennes de transition à « mettre en place rapidement un cadre de référence crédible pour les négociations avec toutes les parties se trouvant dans le nord du pays qui ont rompu tout lien avec les organisations terroristes et qui acceptent sans conditions l’unité et l’intégrité territoriale de l’Etat malien ». Je vous rappelle, par ailleurs, que la feuille de route adoptée le 29 janvier dernier par l’Assemblée nationale malienne prévoit expressément la mise sur pied d’une « Commission nationale de dialogue et de réconciliation », qui devrait, en principe, être mise en place dans le courant du mois de février 2013 et dont la composition devrait être élargie aux représentants des communautés du nord du Mali.
L’Algérie a considéré pendant longtemps fréquentable le groupe islamiste touareg Ansar Dine. Ce groupe est-il encore éligible au dialogue politique avec les autorités maliennes ?
Nous considérons que tous les mouvements qui remettent en cause l’intégrité territoriale du pays ou qui choisissent le camp des terroristes sont disqualifiés pour un tel dialogue. Comme vous le savez, l’Algérie a condamné avec la dernière énergie l’attaque terroriste menée contre la ville de Konna, et nous considérons que tous les groupes qui y ont participé, dont Ansar Dine et son chef Ag Ghaly, sont des groupes terroristes, qui doivent être traités en tant que tels et méritent, en conséquence, d’être mis au ban de la communauté internationale.
 
Pour nous, l’implication du groupe qui active sous le label Ansar Dine dans cette nouvelle agression contre l’intégrité territoriale du Mali constitue une volte-face intolérable qui illustre le choix fait par celui-ci, sous l’emprise de son aile radicale : il a préféré s’allier aux narcoterroristes en aliénant par là-même la dimension touareg qu’il prétendait incarner.
La condamnation infligée récemment aux activistes sahraouis intervient dans un contexte de réchauffement des relations algéro-marocaines…

Nous avons suivi avec attention ce procès dont le lourd verdict a suscité de nombreuses réactions, notamment de la part du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme et de la plupart des ONG de défense des droits de l’Homme. Comme vous le savez, ces réactions ont été unanimes à relever que le procès en question ne répond pas aux normes internationalement reconnues et qu’il n’a été ni équitable ni impartial.

Sur la Syrie, la position de l’Algérie reste ambigüe…

Cette question me permet de recadrer, je l’espère, une fois pour toutes, les positions erronées que certains prêtent à notre pays. Comme pour la Libye, la Tunisie ou l’Egypte, l’Algérie refuse catégoriquement de s’ingérer dans les affaires intérieures syriennes, mais cela ne veut pas dire qu’elle soutient le régime de Bachar Al Assad. L’Algérie entretient des relations d’Etat à Etat avec la Syrie et reste fidèle à sa doctrine, elle reconnaît les Etats et non pas les régimes. Dans le même élan, je vous dirai que le régime syrien s’est, d’une certaine manière, discrédité en retardant l’amorce de réformes authentiques visant à baliser la voie à une sortie de crise durable par le dialogue avec les forces nationales afin que prévalent les aspirations légitimes du peuple syrien.
Je vous rappelle, également, que le ministre Mourad Medelci a participé à toutes les réunions du groupe des amis du peuple syrien.
 
Aujourd’hui, nous nous félicitons du fait qu’aussi bien le gouvernement syrien que l’opposition aient lancé des signaux positifs et semblent plus enclins au dialogue. Nous les encourageons à persévérer dans cette voie, sous la férule de l’envoyé conjoint de la Ligue arabe et de l’ONU, Lakhdar Brahimi, dont nous soutenons les efforts méritoires, car c’est la seule voie à même de conjurer le spectre de la destruction et de l’aggravation des fractures interconfessionnelles, non seulement en Syrie, mais au niveau de toute la région.
 
 

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