lundi 11 février 2013

Pierre Puchot, journaliste, spécialiste de la Tunisie, au site Mediapart . « L’Algérie a peu d’influence par rapport à ce qui se passe en Tunisie »


Pierre Puchot est reporter Maghreb et Moyen-Orient à Médiapart, site français d'informations. Il est auteur de « Tunisie, une révolution arabe » et de « La révolution confisquée : enquête sur la transition démocratique en Tunisie ». 
 
Quelle est la situation actuellement en Tunisie ?
 
La situation s’est un peu calmée par rapport à vendredi, jour de l’enterrement de Chokri Belaïd. Comme si le pays était en attente de la réponse qui sera apportée par la classe politique tunisienne à la proposition de Hamadi Jebali concernant la formation d’un gouvernement de technocrates. On attend de savoir si l’Assemblée nationale constituante va voter, la semaine prochaine, la confiance au Premier ministre et à la nouvelle équipe. Une partie de l’opposition a exclu de voter la confiance. On est en pleine recomposition politique. Mais la situation reste assez floue parce qu’on ne connaît pas non plus la composition du gouvernement de technocrates dont a parlé Jebali. Les Tunisiens attendent une action forte à la hauteur du traumatisme qu’ils ont vécu avec la mort de Chokri Belaïd.
 
Une fracture semble se dessiner au sein d'Ennahda. Que se passe-t-il exactement au sein de ce parti ?
 
Ennahda était considéré comme un parti très uni. Aujourd’hui, quand on appelle certains cadres du parti, ils nous disent qu’ils n’avaient pas appelé à la manifestation (des sympathisants d'Ennahda, ndlr) tenue hier à Tunis. Donc, il y a clairement un fractionnement de l’organisation entre, d’un côté Hamadi Jebali, le Premier ministre qui veut constituer un nouveau gouvernement de technocrates, et d’un autre, le chef historique du parti, Rached Ghanouchi, qui essaie un peu de contrer l’initiative de Jebali pour rester au pouvoir et finir le mandat.
 
Comment voyez-vous le rôle de la France en Tunisie ?
 
Il a été assez confus. D’un côté, François Hollande a appelé les membres du gouvernement à se rendre en Tunisie pour développer les actions de coopération. D’un autre, il y a Manuel Valls qui parle de fascisme islamiste. On ne sait pas très bien à quoi il fait référence. En revanche, on sait très bien qu’il aime jouer sur une certaine partie de l'électorat islamophobe en France pour asseoir sa position. Cela a eu un impact confus et tout à fait négatif par rapport à ce qui se passe aujourd’hui. Ça a donné un argument à la frange dure d’Ennahda qu’on a vu manifester hier. Mais la France n’est pas du tout au cœur du débat.
 
Qu’en est-il de l’Algérie ?
Je pense qu’il y a une étanchéité assez importante. Les situations politique et économique des deux pays sont tellement différentes. L’Algérie a peu d’influence par rapport à ce qui se passe en Tunisie.

 

 

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