samedi 4 octobre 2014

Dessiner l'Algérie

« Sommes-nous des témoins ou des bouffons ? » C'est la question que se pose Mehdi Djelil, l'un des artistes du webdocumentaire Fabriq Algeria (réalisé par Camille Leprince) dont sont extraits les dessins ci-dessous. Entre dérision, griserie, désenchantement et impertinence, la nouvelle génération d’artistes présentée dans ce webdocumentaire fait émerger un puzzle de l’Algérie d’aujourd’hui. Une exposition est aussi organisée à Paris, à l’IReMMO jusqu’au 11 octobre.
© Adel Bentounsi


Série L’Espèce : L’Anarchie des idées, 2010. Adel Bentounsi est né en 1982 et vit à Annaba, une ville côtière de l’est de l’Algérie, où il a fait les Beaux-Arts. Ses personnages habillés d’une marinière rappellent la proximité de la mer, mais aussi l’omniprésence de l’exil des harraga. Appelés « Brûleurs », parce qu’ils brûlent leurs papiers pour ne pas laisser trace de leur identité une fois la Méditerranée traversée, ils sont des milliers à partir clandestinement chaque année. Si l'Algérie n'a pas vécu en 2011 son « printemps arabe », il y eut ici un nombre considérable de manifestations et d’immolations. À travers les journaux brandis par la foule et le titre L’Anarchie des idées, Adel Bentounsi pose la question du traitement médiatique de l’actualité et celle du sens des mobilisations.
© Adel Bentounsi

Série l'Espèce : El Matarchi, 2009 ; Mon Ami Mengacha, 2009 ; El Nefs, 2009. Les personnages d’Adel ont des yeux exorbités et révulsés synonymes d’inquiétude et de révolte, ou sont au contraire figés dans un mutisme qui dit une forme d’accablement ou de douleur plus intime.
© Adel Bentounsi

Série L’Espèce : Indécision, 2011. Ce tableau est le seul qu’Adel Bentounsi ait gardé de tous ceux qu’il a réalisés avant 2013. Dans sa performance Brûlure au cœur, il a en effet décidé de brûler toutes ses créations précédentes pour repartir à zéro, se libérer, ne pas entrer dans un mode de production mécanique et commercial. Au-dessus du groupe flotte le message « mon amour », en référence à la chanson sur l’exil Algérie mon amour du chanteur populaire Baaziz. Justement, les personnages d’Adel ont chaussé des palmes mais hésitent à se lancer. Et plutôt que de fidèles destriers, ils ont enfourché des loups, dont on ne sait s’ils sont du côté de la terre ferme ou bien s’ils représentent le danger de la traversée vers l’Europe, voire ce qui attend les harraga de l’autre côté.



3emmar Rassek – Feed Your Head, 2014. Né en 1985 et originaire du village de Makouda en Kabylie, Mehdi Djelil a étudié la peinture aux Beaux-Arts d’Alger. Dans son travail, il croise les problématiques de sa société à travers le regard du bouffon – « celui qui dit des vérités et que personne n’écoute » ainsi qu'il l'analyse dans la vidéo ci-dessous (réalisée par Camille Leprince) : 

Les Hommes naissent d’une femme, 2013. La folie des années 1990 (celles qui suivirent la « révolution d’octobre 88 » puis la guerre civile) a laissé en Algérie des séquelles indélébiles. Mehdi Djelil peint des barbus rhabillés de paillettes pour mieux les accepter... des créatures nues qui tantôt narguent la frustration ambiante, tantôt soulignent la fragilité de l’Homme dans un monde qui lui échappe... Sa peinture est habitée par le grotesque et le carnavalesque, évoquant cet humour absurde si prégnant dans la culture populaire algérienne.

Triptyque, 2014. Née en 1988 à Constantine et récemment diplômée des Beaux-Arts d’Alger, Maya Benchikh El Fegoun a commencé la peinture en déclinant différentes facettes d’el ghoula, figure de l’ogresse dans la mythologie berbère. En filigrane apparaissent l’idéal de la vie sauvage, la question des rapports hommes-femmes et surtout la confrontation entre l’image d’une femme déchue et celle d’une femme indomptable donc dangereuse. Elle interroge le sens donné à la féminité dans sa société et à travers l’art.

Sans titre, 2013. Maya Benchikh El Fegoun refuse d’être cataloguée comme féministe et revendique que sa peinture parle d’elle-même. Dans sa pratique comme dans celle d’autres artistes, les contes et mythes issus de la culture orale et de l’enfance nourrissent l’imaginaire. Chacun les réinterprète d’une manière moderne et personnelle en écho avec ses propres interrogations.

Les gens sont ce qu’est leur époque, 23 février 2011. Nawel Louerrad est née en 1981 à Oran. Elle vit et travaille à Alger après des études entre la France et l’Algérie, entre architecture et théâtre. Elle a réalisé tout au long de l’année 2011 une série de dessins pour El Watan Week-End, version hebdomadaire du premier quotidien francophone. Alors qu’elle traduit en images des instants de vie et des questionnements existentiels sur son blog Les vêpres algériennes et dans ses albums de BD, elle s’est astreinte à cet exercice de suivi de l’actualité durant une année un peu particulière, où les espoirs et les désillusions se sont succédé autour de ce qu’elle rebaptisait alors avec ironie « le printemps bougnoule ». Dans ce dessin, Nawel se joue des représentations autour des bouleversements régionaux, des clichés orientalistes ou du prêt-à-penser.
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